ZOOS D’AUJOURD’HUI : LE GRAND MENSONGE

Cela fait bientôt trente ans que je travaille dans l’univers des zoos ou des parcs zoologiques. Peu importe la dénomination, mais, pour être clair, ce sont des lieux où l’on détient des animaux en captivité.

Depuis longtemps, une chose me choque énormément : le décalage incroyable, abyssal, entre, d’une part, l’évolution de la qualité, le professionnalisme de la majorité des établissements détenant des animaux de la faune sauvage et, d’autre part, la méconnaissance d’une majorité du public sur leur fonctionnement.


Aujourd’hui, je crois que vous, amis du Parc des Félins, visiteurs réguliers et du futur, vous êtes en mesure d’entendre ce mensonge ! Car, depuis trente ans, ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent de la part de nos visiteurs :
Question 1 : Où abritez-vous vos animaux durant l’hiver ?
Question 2 : Achetez-vous vos animaux en Afrique ?
Question 3 (la pire !) : Vos animaux doivent être bien ici car ils se reproduisent !


Pour la première question, il s’agit juste d’une méconnaissance du climat de notre planète, due malheureusement au fait que souvent la télévision ne montre que des instants toujours sublimes. En effet, peu de gens savent qu’il fait froid en Afrique et que, par exemple, on fait du ski tout près de Marrakech, là où les derniers lions sauvages de l’Atlas se seraient éteints en 1956.

La seconde question et la troisième sont intimement liées et la majorité des réponses est le reflet et le manque de communication des zoos dans les médias ! Ce sujet m’exaspère ! On vous ment ! Pourquoi ? Comme je l’ai écrit au début, la qualité de l’élevage en parc zoologique a considérablement évolué depuis deux décennies. C’est à la fois extraordinaire et normal. Un exemple : avec mon frère Thierry, à Cerza (le zoo de Lisieux en Normandie), nous avions souhaité élever des singes geladas originaires des hauts plateaux d’Ethiopie. A cette époque, il en existait très peu en captivité, l’élevage ne fonctionnait pas très bien, il y avait peu de bébés, leur espérance de vie était courte. Mais ces singes sont totalement herbivores, comme des moutons, alors que dans les zoos on leur donnait des fruits… Pas bon pour eux ! Aujourd’hui, ils sont nourris normalement, sont élevés dans de vastes prairies, à l’air libre, ils vivent trente ans et font plein de bébés, trop de bébés ! Autre exemple, à Cerza, la première naissance de rhinocéros indien était un moment rare et exceptionnel en zoo. D’ailleurs nous l’avions fait savoir comme tel. Aujourd’hui, les naissances des trois espèces de rhinocéros élevées en captivité sont régulières et c’est normal : c’est notre métier ! Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples : gorilles, pandas roux, okapis, tapirs terrestres et même malais, petits singes d’Amérique du Sud comme les tamarins lions, et bien d’autres qui se reproduisent régulièrement dans les zoos du monde, de même que les grands pandas, noir et blanc, font beaucoup de bébés en Chine !


Ici, je dois préciser quatre critères très importants.
• Il n’y a plus de création de parcs zoologiques en Europe ou seulement quelques unités.
• La plupart des zoos, qu’ils soient privés ou publics agrandissent les enclos ou les espaces de vie de leurs pensionnaires afin d’améliorer leurs conditions de vie. C’est évidemment très louable - les petites cages ont tellement été décriées, et j’abonde bien sûr en ce sens ! Mais, en conséquence, les agrandissements sont pris sur les espaces adjacents, donc il existe moins d’enclos, donc moins de possibilités de placement des animaux dans d’autres zoos !
• Vétérinaire de zoo était un métier en balbutiement il y a trente ans. Seuls Marie-Claude Bomsel du Muséum National d’Histoire Naturelle, François Hugues, au Parc animalier de Saint-Vrain, et Thierry Petit, qui débutait au zoo de La Palmyre, faisaient de leur mieux. Aujourd’hui, beaucoup de zoos ont engagé un vétérinaire salarié. Ils ont accès à une base de données informatique internationale, et les vétérinaires de zoos se sont regroupés au sein d’associations comme l’AFDPZ en France. La compétence est là : ils prolongent la vie de nos pensionnaires et diminuent la mortalité !
• Les équipes d’animaliers sont de plus en plus compétentes, aidées en cela par trois instituts de formation et souvent encadrées par des scientifiques.


Alors, me direz-vous, où voulais-je en venir ?

Aujourd’hui, les zoos rencontrent un problème majeur : il y a trop de naissances !

En tout cas, beaucoup plus que ce qui est nécessaire au maintien des populations captives, et peu de lieux pour les placer, comme vu précédemment.

Alors j’entends régulièrement la question suivante : “Mais pourquoi ne les relâchez-vous pas dans la nature ?”

Je veux bien, ce serait l’aboutissement de notre métier, mais où ? “Là-bas, en Afrique ou en Asie, il y a de la place !” C’est la réponse la plus courante ! Méconnaissance du là-bas. Plus personne ne veux partager son territoire, sa forêt encore moins, et quand la population est pauvre et que d’éventuels espaces naturels où la réintroduction serait possible sont les seuls ressources de nourriture, comment faire ? Je réponds : “Nous, si forts, donneurs de leçons, nous tuons nos ours et nos loups avec l’accord de nos gouvernants qui autorisent l’abattage de ces espèces protégées, ici, en France !”
La réintroduction d’animaux est quasi impossible à grande échelle, et surtout pour des grands carnivores prédateurs situés au sommet de la chaîne alimentaire! Alors nous, dans les parcs zoologiques, nous faisons quoi ? Eh bien nous mettons en place des programmes d’élevage qui sont en fait plus des programmes de régulation des naissances qu’autre chose. Nous posons des implants contraceptifs, séparons mâles et femelles pendant la période d’accouplement. Et tout cela car la plupart des zoos sont devenus compétents et savent élever leurs pensionnaires.

Extraordinaire : trop de bébés par compétence ! Alors ce grand mensonge ?

Les naissances en zoos n’ont plus rien d’exceptionnelles et pourtant, dans les médias, on entend régulièrement cette contrevérité, car une belle naissance est la seule façon pour les zoos de déplacer les médias, grands ou petits, et certains collègues en jouent. Pour respecter les programmes d’élevages, certains couples, ici au Parc des Félins, sont sous contraceptifs et nous entendons “Des naissances exceptionnelles” de ces mêmes espèces dans un autre zoo. Ça énerve parfois ! Et pour moi c’est une grave erreur !


Cela fait des décennies que la majorité des zoos n’achète plus d’animaux provenant du milieu naturel et ne participe plus au « grand massacre ». Les animaux présents dans les parcs sont enregistrés de façon très rigoureuse sur des registres officiels régulièrement contrôlés, j’y suis bien sûr favorable, vous pouvez voir qu’au Parc des Félins la provenance de chaque individu est notée sur des panneaux. Les zoos sont passés du mauvais côté au bon en quelques décennies, aujourd’hui ils apportent des finances complémentaires très importantes à la protection des animaux et des milieux naturels. C’est vraiment une satisfaction de pouvoir ainsi répondre à cette seconde question. 


Pour finir et en réponse à la question 3, sachez qu’il n’y a quasiment aucun lien entre bien-être des animaux en captivité et naissances ! En effet, il y a souvent des bébés lions dans des cirques ou dans de sordides cages. Il faut savoir que la reproduction, pour un animal, c’est avant tout l’instinct de survie, l’idée inconsciente de rester vivant sur terre, d’assurer l’avenir de son espèce. J’ai plusieurs fois abordé ce sujet avec des collègues et mon frère Thierry, membre du bureau de l’AFDPZ, association qui regroupe la plupart des zoos importants de France !


Quand les parcs zoologiques communiqueront sur leurs qualités, sur le travail important et réel réalisé jour après jour, sur les aides qu’ils apportent aux programmes in-situ, sur la recherche, sur la mission de service public, sur leurs poids économiques, etc. ?

Ce sera pour moi une grande victoire.


Patrick Jardin